Moi, nous, vous

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Mon histoire de l’Art commence avec une déflagration. Guernica en pleine face sur mauvaise photocopie A3. Plus qu’il n’en faut pour un adolescent qui se cherche dans le punk à roulette et l’indus abyssale. Le choc graphique et émotionnel. Je passe l’été à en dessiner de multiples versions et comprends la force d’une oeuvre d’art. Y’a t’il eu des précédents aux cours de dessin? Je ne crois pas… Quant aux reproductions du livre d’histoire-géographie, elles ne sont qu’illustrations… C’est bien Picasso qui marquera l’an zéro, tel le Messi… Il y’a peut être une pré-histoire à chercher dans la bande-dessinée franco-belge mais je suis déjà à corps perdu dans l’art moderne: Hans Bellmer, Nikki De St. phalle, Ben Vautier, Andy Warhol, Salvador Dali, Velickovick, Andres Serrano et tant d’autres pieux artisans qui bâtiront un socle gothique…
Un deuxième spasme, comme un flash après un fixe, va marquer au fer rouge mon histoire primitive: Fakir Musafar effectuant l’O-Kee-Pa dans un reportage de l’œil du cyclone… Des lors il n’y aura plus que les aiguilles…Le plus profond c’est la peau, disait Paul Valery…Et quels meilleurs compagnons de route pour cette aventure à l’interieur de soi que Gina Pane, Michel Journiac, Orlan et les actionnistes viennois et plus tard David Nebreda, Franko B, Bob Flannagan… L’action sentimentale ne pouvait qu’être vécue, au plus profond de la chair, pour que s’écrive ce chapitre en lettre de sang… Une renaissance…
Une obsession du corporel qui poussera son maniérisme jusqu’à l’errance situationniste, l’éloge de la marche de David Le Breton comme seule boussole, Rousseau et Francis Alÿs comme paire de godasse…
On mûrit et on laisse derrière soi les œuvres au premier degré. C’est aussi qu’on est piètre artisan, plus bricoleur que technicien… Alors on va chercher du réconfort dans l’art conceptuel qu’on rejoue sur le mode de l’idiotie. On remercie Jouannais de nous inviter à manger avec Jacques Lizène, Oleg Kulik, Arnaud Labelle-Rojoux, Maurizio Cattelan, Wim Delvoye, Fischli & Weiss, Thomas Hirschhorn, Robert Filliou et Erwin Würm sous l’œil attendrit d’Ubu et de Marcel  Duchamp…
De fil en aiguille, une cohérence se coud, et l’oeuvre tend à disparaître au profit d’une esthétique relationnelle, d’un art participatif et contextuel et d’une pratique de l’interstice. En vrac Yann Serandour, Tino Segal, Félix Gonzales-Foester, Mathieu Mercier, Jacques Charlier…
A force de lui enlever de la matière et de la substance, à la façon d’un Giacometti, on arrive dans une impasse: celle de l’arrêt définitif de toute production… mais n’est pas Guy Debord qui veut… Le besoin créatif est parfois impérieux… Plusieurs délocalisations, qui me menèrent d’ailleurs à nulle part, m’apportèrent une solution pour rester en vie: le carnet comme atelier minimum, la voie postale comme espace de diffusion et d’exposition. Fluxus et Ray Johnson ouvraient un champ de tir magnifique pour appliquer mes principes de base: faible coefficient de visibilité, disparition de l’auteur, interactivité, idiotie, gratuité, refus du système officiel global…  Les référents ne furent plus des pères mais des frères puisque le dialogue plastique s’établissait directement avec eux.
Parallèlement, et depuis le refus d’un suicide artistique, un grand intérêt, initié par un soucis de combler les vides, pour les périodes antérieurs au XXeme, Renaissance en tête, se fit. Michel-ange, Courbet, Ingres, Gericault, Giotto, Rosso Fiorentino, El Greco, Caravage, Fra Angelico, Bougereau… Et des œuvres qui deviennent obsessions visuelles, tel la Léda disparue de Léonard De Vinci… Mais encore l’art brut, la bande-dessinée, la musique contemporaine, bruitiste, la vidéo, le street-art, la photographie…Dubufet, Mattt Konture, Sonic Youth, Pierrick Sorin, Banksy, Joe Peter Wittkin… Ma boulimie d’Art est sans fin et n’a d’égale que mon anorexie créative…
Et le mot, le texte, la lettre, la poésie qui prend chaque jour le pas sur le trait, le point, la ligne, le plan… Marinetti, Mallarmé, Schwitters, Haussmann, Isou et plus près de nous Weiner et Renaud Piermarioli…
En définitive mon histoire de l’Art n’est ni thématique, ni a rebours… Elle est un tissage, une toile d’art et niée, une forme rhizomatique et hypertextuelle où Mantegna se superpose à Mathew Barney et Egon Schiele à Rubens… Mais au centre de cette toile, je le sais aujourd’hui, il y’a une chose unificatrice: l’humain. Car pour moi en art et dans la vie, l’homme reste la mesure de toute chose…

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Deux milles vins

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2019 fut une année artistique qui m’a permis de faire quelques croix sur ma liste d’œuvres à rencontrer. Je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin, et l’impasse sur l’exposition De Vinci n’ajoute que plus de piment à ma chasse au trésor.
Lors de notre truculent road trip avec l’ami Renaud vers la dernière demeure du maître italien, nous discutions de cette aléatoire chronique. Il me disais je commençais à tenir quelque chose. Un fil qui se déroule, une vision globale, une sorte de discours.
En me relisant c’est vrai que je trouve des constantes: La mort, Dieu, le sexe et les bretelles. La bouffe et la boisson aussi, il faut le reconnaître. Une juste balance entre le mystique et le triviale.
Et ce ne sont pas ces expositions estivales qui vont faire exception: de la tombe de Toutankhamon à celle de Leonard De Vinci toujours la mort, qui rôde, la magie des Dieux, les beautés des visages figés dans le temps, les voyages…
Et entre le lit du Roi oublié et la table de Judas, entre les kilomètres avalés, les parties de ping-pong fluxus, les rencontres humaines, les tours de magie, les musiques partagées, les bières, les cartes, les conserves, les sacs de couchages et les châteaux de la Loire, nous découvrons la figure d’Henri III, ses costumes, ses bilboquets, ses mignons et sa classe ultime, l’épée dans une main, le verre de vin dans l’autre, trinquant à son destin tragique.
L’Art est un état de rencontre qui conjugue le passé, le présent et le futur.
C’est peut être l’unique chose qu’il faut comprendre des lignes écrites sur ce blog.

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Tentative d’introduction

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L’Art, et plus largement la pensée (ces termes sont pour moi équivalent), me semblent fonctionner par association, rencontre, connexion. Et dessine au final une idée comme on trace une constellation. Il suffit d’être disponible et ouvert. C’est pourquoi je me laisse souvent porter, je ne force aucune direction à mon esprit. Je lis les livres que je trouve, je rentre dans les expositions dont les portes sont ouvertes au grès de mes déambulations situationnistes ou fonctionnelles (il n’y a plus de pain pour ce soir et je croise un Warhol).

C’est en entrant dans une exposition de masques et fétiches venus d’Afrique que je croise cette statuette parsemée de clous et pointes d’acier. Devant la force expressive de ces objets rituels, je ne pense pas à Picasso ou à Kirchner. Le corps, sa mise en scène dans la catharsis mystique est trop forte pour que je ne puisse y voir l’analogie avec l’Art corporel porté par Gina Pane où Carolee Schneemann.

Mais peut-être est-ce là une disposition de mon esprit. Car je suis en train de terminer un roman de Miguel Hernandez qui pose une réflexion sur cet Art Contemporain des limites que questionne Paul Ardenne dans l’extrême contemporain. L’Artiste sociale sulfureux suivit par le protagoniste de tentative d’évasion est fictif mais il évoque tout à la fois Marina Abramovic, Chris Burden, Ron Athey, David Nebreda, Santiago Sierra, le groupe cadavre ou Marcel Flores. Il a pour maître Fakir Musafar, Peter Witkin et Bob Flanagan.
Le livre prend l’aspect d’un thriller gentillet qui ne tombe jamais dans le glauque, qui ne justifie jamais cette tendance artistique mais donne des pistes de compréhension intéressantes.
Étrangement j’ai commencé ce livre que l’on m’a donné quelques jours après m’être débarrassé d’ouvrage d’une autre vie où je portait un fort intérêt pour les modifications corporelles. Il y avait un recueil de numéro du Fou, journal de toutes les déviances post -68, un beau livre photographique du pornographe Housk Randall, un livre des tortures et le dictionnaire des fantasmes et perversions où l’on croise Fakir Musafar, Georges Bataille et les Actionnistes Viennois.
Tout cela a germé dans mon esprit et ce texte a pris forme le lendemain, après une longue marche et un grand feu, lors d’une nuit à la belle étoile à 2000m d’altitude, en contemplant la Voie lactée et en faisant corps avec la montagne.
Je vous laisse, je dois faire un peu de couture.

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100 pts ! Bel lavoro

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J’avais prévu de faire ce texte sur le David du Caravage à Rome pour le clin d’œil à l’ami Renaud. Mais en lieu de place du tableau: RIEN ! Alors j’aurais pu gausser sur la peinture du mur en faux marbre mais après avoir bloqué une heure sur les vrais marbres qui recouvrent sols et parois de la Chiesa Nova j’ai trouvé ça un peu fade… Dès lors que choisir ? L’une des ruines magnifiques de la ville éternelle ? La pâle copie de la Leda de De Vinci ou les magnifiques tableaux de ses élèves qui n’intéressent que moi ? Une oeuvre de Sodoma pour le plaisir de l’introduire ? Les canapés surréalistes de la gallerie d’Art Moderne ? Le paysage à Blainville, oeuvre de jeunesse impressionniste de Marcel Duchamp ? La Tombe de Raphaël dans la Panthéon ? L’ambiance satanique qui se dégage de l’église de St Pierre au lien avec ses squelettes, croix renversée et Moïse Cornu ? Les œuvres urbaines fluxus de Fausto Delle Chiaie dont je n’ai vu que le catalogue et les photos faites par les copains car j’avais décidé de rentrer en taxi ? Les fresques antiques du musée national Romain qui fait de Botticelli un pâle recycleur ?
Je pense qu’il n’y a là que petites anecdotes qui n’iront pas plus loin que le mot d’esprit facile. Non la vraie révélation romaine pour moi aura été les mosaïques, croisées un peu partout, antiques, renaissances ou contemporaines puisque Space Invader a depuis longtemps envahit les rues, perpétuant ainsi une tradition ancienne. Les effets visuels sont saisissants, le rendu extrêmement plastique, avec une finesse parfois proche de la peinture, et les techniques d’une variété incroyable. Il y a bien sûr de la mosaïque en cube plus ou moins gros, donnant parfois l’aspect des scènes de gladiateurs à celle d’un jeu video rétro , mais aussi beaucoup avec des pierres si minuscules que l’on se trouve devant une conception du paysage toute impressionniste. Mais aussi des techniques proche de la marqueterie, avec de larges aplats de marbres veinés de toutes couleurs qui sont plus bel effet.
Bon j’ai conscience que ma prose a l’emphase d’un Vasari sous lsd et je n’ai donc qu’une chose à vous proposer: See It Yourself !
Au final je me suis quand même consolé avec la solitude Caravage, récente biographie écrite par un écrivain posté à la villa Médicis, au moins aussi obsessionnel du sombre artiste que je le suis de Leonard (un jour je vous parlerais de mon projet de vie: cocher sur une carte du monde tout les lieux où l’on peux admirer la peinture de De Vinci).

J’y ère

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Souffre, doux leurre

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C’est un tableau étrange de 1884 qui m’a happé. Je suis retourné le voir plusieurs fois pour être certain. Une pièce, semble t’il une salle de bain, mais on dirait une entrée, en camaïeu de vert, quelques touches de jaune, beaucoup de tons souffre et chartreuse. Une jeune fille en robe bleue avec un chapeau quitte la pièce par une porte ouverte d’où émane une lumière verte. Elle regarde le spectateur. Elle me regarde. L’ambiance est étrange, suffocante. En face de moi il y a un miroir mais je ne vois pas mon reflet. Je suis un vampire. Le spectateur est ce chasseur qui se repaît de la substance picturale de modèles emprisonnées par des peintres sadiques.
En voyant ce tableau m’est venu la bande-son du Suspiria de Dario Argento, réalisée par le groupe psyché italien Goblin. Un grand disque qui absorbe tout entier. La lumière du tableau est assez proche de celle du film d’ailleurs. Witches ! Sorcières ! Demons et créatures aux dents longues. Les muses sont elles succubes ayant pour but de nous avilir dans la contemplation béate d’un monde imaginaire ? Ou notre cerveau se débrouille bien tout seul pour cela ?
Je n’ai pas vu le remake de Suspiria ni écouté la proposition sonore de Tom York. Je préfère me replonger dans l’intégrale de vampire de Joan Sfar, où les monstres gothiques jouent aux cartes avec les golems yiddish. Entre deux face du vinyle suce-cité (l’édition italienne avec le pop up de démon dans le gattefold), écoutez Joan Sfar parler de peinture, de femme et d’amour sur France Inter. Vous en sortirez exsangue.

J’y ère

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En des Villes Art

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Il y a des villes qui sont des villes d’Art. Des musées à ciel ouvert comme on dit. Pleines de sculptures monumentales, joyaux architecturaux et street art en réalité augmentée. Je pense à Paris, Barcelone, Londres, Florence. Mais certaines ont un petit quelque chose en plus. Elles SONT des œuvres d’Art en elle même. Je ne sais pas trop à quoi ça tient, c’est peut-être une vision très subjective. L’architecture, l’urbanisme y jouent un rôle important. J’y rangerais des villes comme Venise, Vienne, Pompéï, Les Cinq Terres, Los Angeles peut être mais je n’y suis jamais allé, Lyon si l’on prend la peine de soulever quelques bouches d’égouts.
La ville oeuvre c’est celle où la dérive situationniste s’impose d’elle même. La psychogéographie de Guy Debord me semble difficile dans les trop grandes villes. Il faut pouvoir tourner en rond pour actionner la transe.
Je ne sais pas trop ou classer Tarragone. Cette ville, port stratégique, est la deuxième de méditerranée en terme de ruines antiques, après Rome. S’y promener, c’est remonter le temps. Les morceaux de temple jouxtent l’enceinte médiévale. La cathédrale gothique semble presque païenne. Quelques éléments Art Nouveau s’accroche à l’ensemble de leurs tentacules organiques, comme le très beau marché couvert. La modernité d’Haussmann ou Nouvel est absente ou s’immisce à grand peine. Pas un coin de rue sans une pierre taillée plusieurs siècles en arrière. Romulus et Remus y trônent en toute légitimité. Deux enfants nourris au lait d’une Louvre ne pouvaient bâtir que des lieux surréalistes et Tarragona serait cette Rome boite en valise duchampienne, ce ready-made de l’antiquité qui en fait une oeuvre d’Art en propre. Il suffit de traverser à pied l’aqueduc au bord de l’autoroute pour s’en convaincre…

J’y ère

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Street art ?

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Samatha Bosque est une des artistes qui à le plus souvent attirée mon attention ces dernières années dans les expositions d’Andorre. Originaire de Barcelone, cette artiste est largement sollicitée dans ce petit pays qui porte un intérêt grandissant pour l’hyperréalisme. Ses peintures en négatif qui se regardent au travers du filtre d’un smartphone ou ses récentes fresques monumentales m’ont impressionné, enchanté et diverti.
Mais le vrai choc est arrivé par sa dernière exposition au musée du tabac en Andorre.
De très grands portraits hyperrealistes posés à même le sol ou sur des vieux cartons. Ces hommes et ces femmes vivent dans la rue, parfois depuis 20 ou 30 ans et ont dédicacé eux même l’image de leurs visages meurtris. La technique est impeccable et nous met face à ce que l’on ne regarde pas, que l’on évite et qui nous dérange en sortant du musée ou du restaurant.
Étudiant fauché je partageais mon repas du midi avec le clochard, ancien légionnaire, en bas de chez moi. Lycéen j’achetais une viennoiserie de plus pour le paumé du coin de la rue. Jeune ado je discutais avec le coldo du village, Boudu céleste et pétillant.
Aujourd’hui je souri d’un air gêné, presse le pas et explique à ma fille qu’on ne peux pas donner à tous le monde.
Les tableaux me font penser à ma grand-mère, qui venait chaque samedi garnir mon frigo de bohémien, non sans avoir effectué le parcours de tous les sdf de la ville avec pour chacun un sac de vêtements complet, des chaussettes au bonnet, qu’elle récupérait à la Croix-Rouge. Il y avait beaucoup de monde à sa mise en terre.
Un cercueil de plus dont le poids massif se fait plus lourd sur le cœur que sur les épaules…
A 35 balais on commence à en empiler des boites en bois dans les trous de sa mémoire. J’avais commencé à écrire une liste longue comme un poème de Victor Hugo avant de l’effacer, par pudeur.
Les memento mori sont important mais il ne faut pas oublier qu’il existe aussi des vivants un peu partout, parfois pas loin, dont il ne tiens qu’a nous qu’ils puissent l’être encore.
J’y ère
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