Atelier détournement d’objets avec les BMA2 Langevin

Cet atelier s’est déroulé dans le cadre des cours d’arts appliqués au Lycée Paul Lagevin, La Seyne sur Mer (83), avec une classe de Brevet des Métier d’Art section ferronnerie d’art, le vendredi 6 mai 2022.

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Session Poésure à la Farlède

Tadashi Murakami – Ensô : Kodama Spirit – 2015

Eclipse centrale mais pas totale
Lumineux combat contre l’obscurité
Frange de photons, phalange éclairé

Ellipse blessée, la bataille fait rage
Dans le vide sidéral
Chaque élément suit son cirque lacté

A l’exception du sang
Il coule hors de l’univers

A moins que ce ne soit autre chose.

Renaud

« Bien-sûr, trouver comment utiliser le bouchon pré-traitant d’une lessive coule de source pour la plupart des femmes. »

enviedeplus.com

« La lessive est entraînée grâce à l’eau dirigée vers les bacs à produits. Pendant le remplissage, le moteur entraîne le tambour pour le mettre en mouvement : les vêtements sont imprégnés. Le remplissage s’arrête automatiquement lorsque le niveau d’eau atteint la valeur requise. »

destop.fr

« La phase de vidange permet d’éliminer les eaux usées consécutives au lavage du linge. Notons toutefois que le tambour ne s’arrête pas brutalement mais plutôt progressivement, ce qui explique le temps d’attente. La vidange fait intervenir 3 composants particuliers : une pompe, une durite et le tuyau d’évacuation. »

atelier.sos-accessoire.com

« En résumé, la machine à laver enchaîne les étapes et fait appel à de nombreux composants pour laver idéalement votre linge et vous le restituer le plus propre possible. En cas de panne ou de dysfonctionnement, n’hésitez pas à faire appel à nos experts MesDepanneurs.fr ! » 

à moins que ce ne soit autre chose

Cédric

Le cercle qui dégouline de peinture
Le cercle est rond et dégouline de rien
Ce cercle peut être un portail temporel
Ce cercle peut être tout et n’importe quoi
Le cercle du futur

Axel

Marcel Duchamp – Etant donné : 1° la chute d’eau 2° le gaz d’éclairage… – 1946-66

Au début c’était un bout de bois
Un arbre même
Une graine
Un fruit
Une fleur
Bref une porte

C’est une porte maintenant
Une porte pleine de planches et de clous
Une porte qui en a vu du pays
Une porte sale et abîmée
Une porte bafouée, séquestrée
Par d’obscurantistes morceaux d’argile cuits
Dont la rectilinéarité présage la dictature

– C’est bon ?
– Quoi ?
– T’as fini de dire n’importe quoi ?
– Heu… Oui.
– Alors va chercher le pied de biche qu’on en finisse !

A moins que ce ne soit autre chose.

Renaud

Aller à la feuillée, se rendre aux commodités, avoir un besoin urgent, devoir aller aux toilettes, chercher le petit coin, où sont les vécés ? les waters ? le pipi-room ? les cabinets d’aisance ? hommes ? femmes ? handicapés ? enfants ? genrés ? Qui se cache derrière la porte ? A-t-on bien tiré la chasse ? Éteint la lumière ? Est-ce encore occupé ? La grosse ou la petite commission ? Faites vite, c’est pressé !… Avec une porte comme celle-ci, c’est au moins des chiottes turques… non, un urinoir !… ou une vespasienne peut-être… D’ailleurs, pourquoi les belges ne ferment pas la porte quand ils vont aux toilettes ? Tout simplement pour pas qu’on les regarde par le trou de la serrure.

à moins que ce ne soit autre chose

Cédric

Derrière cette porte, on pourrait voir rien ou bien, il y a une prairie ou encore, un arc-en-ciel
ou sinon, derrière cette porte, il y a un tout nouveau monde, une nouvelle terre pas polluée.
Bon on ne saura jamais ce qui se cache derrière cette porte !

Axel

Georges de La Tour – Le tricheur à l’as de carreau – 1637

– Madame, il me semble que le monsieur devant vous n’ait d’yeux que pour ce qui se passe derrière.

– J’entends ce que vous dites Cunégonde, mais cessez de regarder la caméra, on va devoir refaire la scène.

– Oui pardon, d’ailleurs je viens de saisir, le monsieur se tortille de douleur ce doit être un lumbago.

– Enfin ma chère ! Penser n’est pas votre fort. Ce monsieur tente de me séduire par une danse nuptiale alambiquée voilà tout.

– Oui madame, vous avez raison, comme toujours. Et la personne à votre gauche à l’air tout à fait sensible à cette danse. D’ailleurs, je n’arrive pas à savoir si je dois dire monsieur ou madame.

– Cunégonde, voyons ! Vous voyez bien que cette personne est non-genré. Vous pouvez l’appeler non-monsieur ou non-madame, ou bien encore, non-monsieurdame. Enfin, le mieux, dans votre cas, c’est de ne pas l’appeler du tout.

Féminin, masculin…
A moins que ce ne soit autre chose

Renaud

Scène de genre

Les trois mousquetaires étaient quatre
Les trois mousquetaires n’étaient pas que des hommes
L’histoire du genre nous le dévoilera un jour
iels étaient adroit.e.s de leurs mains
Et comme chacun sait : jeu de mains, jeu de riens
Il y a pourtant quelqu’un qui cache bien son jeu
Mais ne serait-ce pas elle, iel ou il ?
Parions là-dessus se disent-iels…
Une de ces huit mains comme cette histoire chelou
finira bien au panier car il y a anguille sous roche

à moins que ce ne soit autre chose

Cédric

Qui triche perd
La tricherie ne mène à rien (tricherien)

Axel

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Art en Boite

La culture rouvre ses portes à tous. Plus de ségrégation citoyenne. C’est bien.

En vrai on avait pas attendu guerres, épidémies et couvre-feu pour organiser notre résistance, refuser la dépendance aux lieux de cult-ur-e.

Personnellement de l’Art j’en reçois chaque semaine dans ma boite au lettre et c’est toujours un événement que j’accueille avec la joie d’une enfant au pied du sapin. Une enveloppe avec des jolis tampons, un timbre et une adresse exotique (USA, Brésil, Espagne, Pays-Bas…) avec dedans une surprise: carte d’artiste, collage, dessin, fanzine, photos, flyers… 

Le fait de décorer des enveloppes existe depuis le principe d’envois postaux (en 1477, Louis XI met en place le relais de poste) mais en tant qu’expression artistique, l’Art Postal se développe avec les avant-gardes du XXeme siècle (Dadaïstes, futuristes et surréaliste) comme moyen de faire circuler les œuvres et les idées avant de devenir un mouvement en soi sous l’impulsion de Fluxus et du Pop Art dont Ray Johnson et Ben Vautier se font les figures tutélaires. L’idée est de s’affranchir des institutions officielles et de faire circuler l’Art hors des musées et des galeries. Avec les Add-And-Pass, certains travaux plastiques deviennent des œuvres d’Art collectives, sorte de cadavres exquis regroupant artistes reconnus et amateurs anonymes. Les nombreux appels à projets n’ont qu’une règle: pas de prix, pas de jury, pas de sélection.

S’il on est pas trop regardant sur l’inflation des prix des timbres on peut affirmer que le Mail Art est la forme artistique la plus accessible au plus grand nombre, avec le street art dont elle partage les valeurs, illégalité mise à part.

Alors à vos enveloppes pour échanger loin des réseaux et des algorithmes et faire de votre boite au lettre un musée international.

J’y ère

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La Ville Ruine

J’ai déjà parlé de ces villes qui sont, davantage que des musées à ciel, des œuvres d’Art en elle-même. Je me dois d’y ajouter Athènes dont je reviens. Dans la pratique de la psychogéographie situationniste ou de l’urbex plus contemporaine, les lieux en friches, à l’abandon, sont largement plébiscités. Cela étant dans la continuité d’une poétique des ruines qui naît avec la redécouverte de l’antiquité à la renaissance et prend son apogée au 16ème siècle avec Hubert Robert et les folies des jardins anglais. Je pense qu’Athènes pourrait être l’expérience ultime de la ville en ruine. Ici cohabitent les ruines antiques que traversent le métro et les immeubles récents à demi-écroulés, défoncés de graffitis. Et je ne parle pas d’un agencement qui mêlerait au pittoresque de colonnes doriques disposées au sol de façon toute romantique à quelques œuvres de Street Art hypes et colorées. Non je parle de tas de marbres en vrac depuis 2000 ans, d’échafaudages rouillés sur des temples millénaires, de squats décrépis, de tags agressifs, de block-letters au rouleaux au milieu de bandes de chats errants, de migrants sous des bâches en plastiques, de joueurs de rebetiko édentés et de vendeurs à la sauvettes. La belle réussite conjuguée du projet Union Européenne et du libéralisme à toute berzingue qui prit naissance dans l’Empire Hellénique. Bien fait pour nos gueules, c’est pas moi qui vais m’en plaindre …

J’y ère

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Fragments

Une année entière et plus, où l’Art n’a existé qu’en pointillé. Des périodes avec et des périodes sans. Dans les périodes sans, les expos virtuelles et les pages Instagram sont un pis-allé insuffisant. Une Tourtelle offerte à un alcoolique. Dans les périodes avec, on entre fébrilement dans la moindre galerie de peinture provençale pour avoir sa dose de térébenthine.


J’ai eu mainte fois l’idée d’écrire une nouvelle chronique. Cela me semblait fondamental, même, de continuer à écrire. Mais le temps chaque fois coulait trop vite et je rageais de n’avoir à proposer que des contre-coups d’expositions périmées à l’heure où le commentaire se hashtag à chaud avant même d’être certain de l’information que l’on soumet à sa vulgate diaréthique. Mais après tout pourquoi pas ? Opposer à la fulgurance du présent une esthétique du retard, de l’après. Comme prendre un vieux journal de l’an passé, figeant à jamais un conflit géopolitique ou un concours de pétanque et le réécrire à la lumière d’un futur qui est désormais derrière nous. 


Voici donc quelques morceaux d’ekphrasis prévues, parfois commencées, de cette année passée, jamais livrées et aujourd’hui remaniées.


L’expo du déconfinement me laissa mi-figue mi-raisin. J’ai tout de suite accroché sur les animaux futuristes de Joan Monegal (1933-1981), projetant un passage épique sur son combat de coqs, violent comme du Pablo Picasso et acéré comme du Bernard Buffet, mais la médiocrité de ses périodes plus tardives, tout empreinte d’un mysticisme mortifère a stoppé tout net mon élan.


Je suis de plus en plus souvent touchée devant des productions en céramiques, argile ou porcelaine. Au printemps des potiers de Bandol, j’ai été conquis par Claire Linder, ses formes organiques extraterrestres à la Moebius, les fragiles concrétions de Thérèse Lebrun et la poésie de Mia Llauder.


A Nice je retournais au Mamac après des années, accompagné cette fois d’une progéniture qui m’a fait redécouvrir des œuvres vues cents fois, pigments bleus, fusillades, ferrailles grinçantes, détritus sur socles… Comme une transmission chevaleresque du Nouveau Réalisme.L’expo Pop Art au feminin s’est visitée en demi-teinte avec un mauvais goût de nostalgie sixties. Quelques culs et nichons racoleurs, des pudiques toisons et à peine l’ombre d’un penis… On a fait mieux en matière de révolutions sexuelles. On sera sauvé du naufrage par les peintures sur plexiglas d’Evelyne Axell, les petits formats de Nikki De St Phalle et les collages de Martha Rosler.Vrai coup de cœur par contre pour les photographies et vidéos intemporelles de Barbara et Michael Leisgen, qui doivent autant à la poésie des premières performances de Gina Pane (enterrer un rayon de soleil) qu’à l’humour de Joachim Mogarra.


Il y a eu aussi une belle exposition de Joan Fontcuberta en Andorre qui travaille désormais beaucoup sur les images d’archives inutilisables dont il fait des tirages poétiques. Que pouvons-nous faire d’une image malade ? Amnésique ?
S’en est suivi un workshop stimulant et une exposition collective avec des renards de poils et des dinosaures en plastique qui aurait pu être l’occasion d’une auto-chronique. Mais mon narcissisme à ses limites…


Ce sera donc surtout une année de rencontre artistique. Il y aura eu le crew de l’école des jardins de Juberri donc. Mais aussi Guillaume Pellay, plasticien génial mêlant avec brio la maîtrise picturale la plus classique aux boutades conceptuelles les plus loufoques, mais aussi éditeurs de fanzines atypiques et graffiteur post-truc. Ou encore Simon Lamouret, dessinateur voyageur, Thomas Of Blood bourlingueur tatoueur, Munuera et Carrer au détour d’une dédicace et peut-être d’autres que j’oublie sûrement…


Pas vraiment une chronique. Pas vraiment un texte. Des bouts de choses. Des idées. Des noms. Des pistes. Si cela peut en mettre certains sur la route à la quête de je ne sais quoi ça me va…

J’y ère

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Atelier Poésures – Fleuristes

Giusto de Menabuoi – Paradi – 1375

Regardant au dessus de nos têtes
Le Christ nous observe de par
Son regard désapprobateur
Entouré par son cercle de témoins
Essayant de nous montrer le chemin de la claire voyance
Pour qu’un jour il puisse nous ouvrir les portes de l’au delà

Sabrina

Leurs bouches derrières leurs crânes, lèchent les restes de leurs assiettes
C’est une légion, une armée d’extraterrestres zombis venus nous observer
Depuis leur soucoupe volante ronde et en verre
Leur porte-parole s’apprête à nous rencontrer
L’invasion est inévitable, elle sera presque consentie

Emmanuelle

Ouvre les yeux, ouvre les yeux
Surtout celui là. Là, le gauche
Ouvre l’oeil gauche
Voilà, comme ça
Il me semble que tu t’es coincé un Christ dans la pupille
Oui, il y a un Christ dans ta pupille
Il me montre quelque chose, un livre
Deux pages avec des caractères de différentes tailles
Je crois que le christ de ta pupille me fait un examen de la vue
Ouvre plus grand ton oeil gauche
C’est bien, comme ça
Ton iris est hors du commun
D’un bordeaux aux reflets d’or
Composée de têtes d’ampoule enrobées
Ah, attends voir.. oui
Il me semble apercevoir une petite blessure sous ta pupille
Sous ton Christ oculiste
Un légère plaie qui suinte la sainte
Il va falloir consulter
A moins que ce ne soit autre chose

Renaud

Kazimir Malevitch – Cercle noir – 1912

Soleil dépourvu de couleur
Nous nous entraînons dans sa chute de noirceur
Nous nous menons dans un monde dépourvu de joie
Juste là, posée sur un sol blanc
Attention à la chute qui, elle
Sera longue et dépourvue d’âme

Sabrina

Obscur et froissé comme un œillet noir
Il dort humblement
Tapis parmi la neige,
Humide encore de rosée qui suit la fuite douce

Carré blanc troué de noir
On attend un espion perdu ou en retard
Il n’y a plus de courant, tout est statique

Emmanuelle

Zoom sur l’œil droit de Bugsbunny
Blanc cosmos et trou noir
Roue de charbon dans la neige
Le café vue du ciel (dans sa tasse)
Le jaune de cet œuf au plat est noir
Transition picturale : la vérité se trouve de l’autre côté
( Obscure, la force est noire, c’est noir comme le château
Où flotte l’étendard, notre drapeau…)

Renaud

René Magritte – Les amants – 1928

Sur un fond bleu
Homme et femme s’enlacent
Partagent un tendre baiser
Nous voilant et nous empêchant de voir
Regard qui représente un amour simple, un amour pur
Un amour tout court

Sabrina

C’est un suicide anonyme le jour d’un mariage
Ils avaient oublié d’apporter un présent aux futurs conjoint
Préférant la suffocation à la corde au cou
Ils ne sont pas restés jusqu’au gâteau
Ne pouvant plus voir l’autre en peinture

Emmanuelle

Protégez vous
Protégez nous
Il faut de la toile
Contre la menace virale

Les amants peint sur textile
S’en revêtent au sommet
Faisant d’un baiser de pacotille
Un tableau peint, entier


Environnement d’un goût certain
Avec moulure, sans papier peint
Sans orage, sans soleil

Protégez-vous
Protégez-nous
Il faut tendre la voile
Gare aux angoisses caudales

A moins que ce ne soit autre chose

Renaud

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Petit vampire

petite vampire

cartel

Je vais finir par croire que la collection Thyssen est peuplée de vampire prêts à vous sucer le sang au détour de chaque exposition.

Rencontre troublante que cette petite fille au regard étrange avec ses petites ailes noires dans son cadre doré. Elle me regarde mais ne me voit pas. Elle voit au dedans de moi. Elle sait que je suis moi aussi un vampire. Un buveur d’encre noir et d’huile vermillon.
Parfois les êtres de peinture me semblent plus réels, plus tangibles, que les personnes qui vivent autour de moi.
Suffirait-il de poser la main sur la surface vernie de l’œuvre et d’y croire pour basculer de l’autre côté du miroir ? Et une Alice gothique pourrait alors nous guider d’une toile à l’autre de l’exposition, traversant un paysage de Monet, discutant avec un Mike Jagger Warholien, caressant le dos d’un grand nu bleu de Matisse.
Il ne faudrait surtout pas tenter l’expérience dans un trop grand musée, un Louvre ou un Prado, au risque de ne plus jamais pouvoir revenir dans la monde réel, tant il y a à voir et à faire. C’est pourquoi je préfère les petites expositions, afin d’être certain de ne pas faire de bad trip ou de rester coincer à jamais dans l’Art.
Les œuvres sont de puissants opiacés dont il ne faut pas abuser, car ici bas aussi il y a tant à voir et à faire: écrire, boire, rencontrer, partager, faire l’amour.
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Moi, nous, vous

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Mon histoire de l’Art commence avec une déflagration. Guernica en pleine face sur mauvaise photocopie A3. Plus qu’il n’en faut pour un adolescent qui se cherche dans le punk à roulette et l’indus abyssale. Le choc graphique et émotionnel. Je passe l’été à en dessiner de multiples versions et comprends la force d’une oeuvre d’art. Y’a t’il eu des précédents aux cours de dessin? Je ne crois pas… Quant aux reproductions du livre d’histoire-géographie, elles ne sont qu’illustrations… C’est bien Picasso qui marquera l’an zéro, tel le Messi… Il y’a peut être une pré-histoire à chercher dans la bande-dessinée franco-belge mais je suis déjà à corps perdu dans l’art moderne: Hans Bellmer, Nikki De St. phalle, Ben Vautier, Andy Warhol, Salvador Dali, Velickovick, Andres Serrano et tant d’autres pieux artisans qui bâtiront un socle gothique…
Un deuxième spasme, comme un flash après un fixe, va marquer au fer rouge mon histoire primitive: Fakir Musafar effectuant l’O-Kee-Pa dans un reportage de l’œil du cyclone… Des lors il n’y aura plus que les aiguilles…Le plus profond c’est la peau, disait Paul Valery…Et quels meilleurs compagnons de route pour cette aventure à l’interieur de soi que Gina Pane, Michel Journiac, Orlan et les actionnistes viennois et plus tard David Nebreda, Franko B, Bob Flannagan… L’action sentimentale ne pouvait qu’être vécue, au plus profond de la chair, pour que s’écrive ce chapitre en lettre de sang… Une renaissance…
Une obsession du corporel qui poussera son maniérisme jusqu’à l’errance situationniste, l’éloge de la marche de David Le Breton comme seule boussole, Rousseau et Francis Alÿs comme paire de godasse…
On mûrit et on laisse derrière soi les œuvres au premier degré. C’est aussi qu’on est piètre artisan, plus bricoleur que technicien… Alors on va chercher du réconfort dans l’art conceptuel qu’on rejoue sur le mode de l’idiotie. On remercie Jouannais de nous inviter à manger avec Jacques Lizène, Oleg Kulik, Arnaud Labelle-Rojoux, Maurizio Cattelan, Wim Delvoye, Fischli & Weiss, Thomas Hirschhorn, Robert Filliou et Erwin Würm sous l’œil attendrit d’Ubu et de Marcel  Duchamp…
De fil en aiguille, une cohérence se coud, et l’oeuvre tend à disparaître au profit d’une esthétique relationnelle, d’un art participatif et contextuel et d’une pratique de l’interstice. En vrac Yann Serandour, Tino Segal, Félix Gonzales-Foester, Mathieu Mercier, Jacques Charlier…
A force de lui enlever de la matière et de la substance, à la façon d’un Giacometti, on arrive dans une impasse: celle de l’arrêt définitif de toute production… mais n’est pas Guy Debord qui veut… Le besoin créatif est parfois impérieux… Plusieurs délocalisations, qui me menèrent d’ailleurs à nulle part, m’apportèrent une solution pour rester en vie: le carnet comme atelier minimum, la voie postale comme espace de diffusion et d’exposition. Fluxus et Ray Johnson ouvraient un champ de tir magnifique pour appliquer mes principes de base: faible coefficient de visibilité, disparition de l’auteur, interactivité, idiotie, gratuité, refus du système officiel global…  Les référents ne furent plus des pères mais des frères puisque le dialogue plastique s’établissait directement avec eux.
Parallèlement, et depuis le refus d’un suicide artistique, un grand intérêt, initié par un soucis de combler les vides, pour les périodes antérieurs au XXeme, Renaissance en tête, se fit. Michel-ange, Courbet, Ingres, Gericault, Giotto, Rosso Fiorentino, El Greco, Caravage, Fra Angelico, Bougereau… Et des œuvres qui deviennent obsessions visuelles, tel la Léda disparue de Léonard De Vinci… Mais encore l’art brut, la bande-dessinée, la musique contemporaine, bruitiste, la vidéo, le street-art, la photographie…Dubufet, Mattt Konture, Sonic Youth, Pierrick Sorin, Banksy, Joe Peter Wittkin… Ma boulimie d’Art est sans fin et n’a d’égale que mon anorexie créative…
Et le mot, le texte, la lettre, la poésie qui prend chaque jour le pas sur le trait, le point, la ligne, le plan… Marinetti, Mallarmé, Schwitters, Haussmann, Isou et plus près de nous Weiner et Renaud Piermarioli…
En définitive mon histoire de l’Art n’est ni thématique, ni a rebours… Elle est un tissage, une toile d’art et niée, une forme rhizomatique et hypertextuelle où Mantegna se superpose à Mathew Barney et Egon Schiele à Rubens… Mais au centre de cette toile, je le sais aujourd’hui, il y’a une chose unificatrice: l’humain. Car pour moi en art et dans la vie, l’homme reste la mesure de toute chose…

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Deux milles vins

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2019 fut une année artistique qui m’a permis de faire quelques croix sur ma liste d’œuvres à rencontrer. Je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin, et l’impasse sur l’exposition De Vinci n’ajoute que plus de piment à ma chasse au trésor.
Lors de notre truculent road trip avec l’ami Renaud vers la dernière demeure du maître italien, nous discutions de cette aléatoire chronique. Il me disais je commençais à tenir quelque chose. Un fil qui se déroule, une vision globale, une sorte de discours.
En me relisant c’est vrai que je trouve des constantes: La mort, Dieu, le sexe et les bretelles. La bouffe et la boisson aussi, il faut le reconnaître. Une juste balance entre le mystique et le triviale.
Et ce ne sont pas ces expositions estivales qui vont faire exception: de la tombe de Toutankhamon à celle de Leonard De Vinci toujours la mort, qui rôde, la magie des Dieux, les beautés des visages figés dans le temps, les voyages…
Et entre le lit du Roi oublié et la table de Judas, entre les kilomètres avalés, les parties de ping-pong fluxus, les rencontres humaines, les tours de magie, les musiques partagées, les bières, les cartes, les conserves, les sacs de couchages et les châteaux de la Loire, nous découvrons la figure d’Henri III, ses costumes, ses bilboquets, ses mignons et sa classe ultime, l’épée dans une main, le verre de vin dans l’autre, trinquant à son destin tragique.
L’Art est un état de rencontre qui conjugue le passé, le présent et le futur.
C’est peut être l’unique chose qu’il faut comprendre des lignes écrites sur ce blog.

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Tentative d’introduction

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L’Art, et plus largement la pensée (ces termes sont pour moi équivalent), me semblent fonctionner par association, rencontre, connexion. Et dessine au final une idée comme on trace une constellation. Il suffit d’être disponible et ouvert. C’est pourquoi je me laisse souvent porter, je ne force aucune direction à mon esprit. Je lis les livres que je trouve, je rentre dans les expositions dont les portes sont ouvertes au grès de mes déambulations situationnistes ou fonctionnelles (il n’y a plus de pain pour ce soir et je croise un Warhol).

C’est en entrant dans une exposition de masques et fétiches venus d’Afrique que je croise cette statuette parsemée de clous et pointes d’acier. Devant la force expressive de ces objets rituels, je ne pense pas à Picasso ou à Kirchner. Le corps, sa mise en scène dans la catharsis mystique est trop forte pour que je ne puisse y voir l’analogie avec l’Art corporel porté par Gina Pane où Carolee Schneemann.

Mais peut-être est-ce là une disposition de mon esprit. Car je suis en train de terminer un roman de Miguel Hernandez qui pose une réflexion sur cet Art Contemporain des limites que questionne Paul Ardenne dans l’extrême contemporain. L’Artiste sociale sulfureux suivit par le protagoniste de tentative d’évasion est fictif mais il évoque tout à la fois Marina Abramovic, Chris Burden, Ron Athey, David Nebreda, Santiago Sierra, le groupe cadavre ou Marcel Flores. Il a pour maître Fakir Musafar, Peter Witkin et Bob Flanagan.
Le livre prend l’aspect d’un thriller gentillet qui ne tombe jamais dans le glauque, qui ne justifie jamais cette tendance artistique mais donne des pistes de compréhension intéressantes.
Étrangement j’ai commencé ce livre que l’on m’a donné quelques jours après m’être débarrassé d’ouvrage d’une autre vie où je portait un fort intérêt pour les modifications corporelles. Il y avait un recueil de numéro du Fou, journal de toutes les déviances post -68, un beau livre photographique du pornographe Housk Randall, un livre des tortures et le dictionnaire des fantasmes et perversions où l’on croise Fakir Musafar, Georges Bataille et les Actionnistes Viennois.
Tout cela a germé dans mon esprit et ce texte a pris forme le lendemain, après une longue marche et un grand feu, lors d’une nuit à la belle étoile à 2000m d’altitude, en contemplant la Voie lactée et en faisant corps avec la montagne.
Je vous laisse, je dois faire un peu de couture.

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