Caractères typographique sur écran lumineux

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Banksy et Shepard Fairy, alias Obey, sont peut être les deux figures
les plus populaires du street art. Par populaire j’entends connu et
reconnu comme artiste en dehors des cercles des étudiants d’Art, des
gaffiteurs et des spéculateurs de tout poils. Le premier avec des
œuvres percutantes, pertinentes et profondes qui subliment une
technique parfois rudimentaire, le second avec des images fortes et
belles, d’une grande maîtrise plastique qui se suffisent à elles
même…bien qu’en réalité l’ensemble de la production des deux
artistes ne soit pas aussi franchement caricaturale et c’est une
exposition de sérigraphies de Shepard Fairy qui me fait nuancer mon
propos qui pourrait sembler dépréciatif (on serait à la radio vous
entendriez que cela n’est pas le cas). Au milieu d’un ensemble
d’oeuvres au propos clair et limpide, dans cette réflexion sur le
pouvoir des images, notamment dans la propagande publicitaire, avec le
détournement, facile mais efficace, des codes même de la publicité et
des régimes totalitaires, rouge, noir, bleu, Rangers, plages,
symétries, et qui est le projet même d’Obey depuis les premiers
stickers jusqu’à la mis en abyme ultime de la célèbre marque de
vêtements et fait de l’artiste le dernier véritable hériter du Pop Art
; au milieu de cet héritage Warholien, dont le visage apparaît avec
celui de Martin Luther King et de Joe Ramone, deux œuvres ne font plus
images mais sens. Car il conviens de les lires et de mobiliser des
connaissances pour en décrypter le message.
This is a poster et Og Lampbase.
La première est interessante car elle nécessite de prendre du recule.
Des près nous pouvons lire un texte qui décrit l’œuvre en anglais et
son processus même de réception par le lecteur (« c’est un poster,
cette écriture fait le design du poster… ») avec beaucoup d’ironie et
de sarcasme envers le consommateur qui le regarde. En prenant du
recule l’image/signature d’Obey, le visage stylisé du catcheur Mike
The Giant nous apparaît de manière fantomatique. L’écriture se fait
image. Is what you see is what you see ?
En triptyque avec un big brother is watching to you viens ce très
curieux Og Lampbase.
Une image mal définie, un espèce de pochoir raté, une forme presque
abstraite surplombe cette phrase: the medium is the message. Le medium
c’est le message. Phrase emblématique de la pensée du philosophe des
médias Marshall McLuhan qui ici met en lumière le point de jonction du
travail d’Obey entre art, image et politique. D’une manière plus forte
il entre en résonance avec l’actualité.
En cette période d’élections française je m’informe de façon élargie:
presse, radio et, chose rare pour moi, télévision. Mais je n’arrive
pas y voir autre chose que cela: écran lumineux, décor de studio, bloc
de texte typographique, photographie retouchées, mimiques sonores,
postures et conventions. Je visite des expositions pour prendre du
recul mais là encore je ne vois que peinture, bronze, t’as d’objets
éclairés dans des pièces de placoplatre… Mais alors où trouver de
l’Art ? Ou trouver des images ? Ou trouver de la politique ?
Otto Mühel disait dans ses lettres à son amante perdue que l’Art
devait être politique au sens large. Politique viens du grec et veux
dire « de la ville ou de la cité » dans le sens d’une activité
citoyenne.
Alors oui peut être que les seules œuvres, les seules images et la
seule politique vraie est celle que l’on trouve dans la rue.
Et l’on saisie alors l’importance d’une oeuvre/image comme Hope dans
l’élection d’Obama… Il y a plus d’art, d’imago et de politique dans
le tag en bas de chez moi que dans tous les débats et toutes les
expositions du monde.
À voté !

J’y ère

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Barbe Longue Mémoire Courte

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La jeunesse d’aujourd’hui c’est plus ce que c’était disait Platon ou je ne sais quel croulant de l’antiquité. C’est vrai que les jeunes de maintenant respectent plus rien, surtout pas le savoir des anciens. Ils s’intéressent qu’à des choses futiles: des BD idiotes avec des super-héros peu crédibles, des jeux vidéos ultra violents, des sites pornos dégoûtants… Les adultes ne s’intéressent pas à tout ça, bien sûr et en visite à Barcelone ils ne traînent pas du côté de l’arc de triomphe avec toutes ces boutiques hallucinantes de jeux vidéos, de comics américains et de films d’horreur pleins de femmes dénudées… Non l’adulte responsable visite la cathédrale de Barcelone dédiée à la Patronne de la ville, St Eulalie, martyre sous l’empire romain et dont les reliques reposent dans la crypte. Sa triste histoire est contée dans de stupéfiants bas-reliefs moyen-ageux (mais je ne suis pas certains de cette info) à la vue de tous. On y voit une meuf à moitié à poil se faire attacher sur une croix de St André par des mecs en uniformes de soldats entre des puttis et des rats ornementaux. Ça me fait bien penser à tous ces films de sexpolitations à moitié SM, rape and revenge et torture porn qui continuent d’être projetés dans nos salles de cinéma les plus respectables depuis les années 60 au moins. Si on regarde ces bas-reliefs destinés aux population illettrées, si l’on regarde d’autres production de ce genre, comme ces gravures sur bois anonymes, par exemple le martyre de St Érasme, qui se vendaient sur les foires du moyen-âge, on constate que le goût du public n’a pas beaucoup évolué et que la fascination pour la mort, le sexe et les héros indestructibles reste une valeur sûre pour attirer les gens dans les grandes structures du contrôles des masses (églises, cinémas, supermarchés culturels). Saine catharsis disait Aristote et Baudelaire ou des types de ce genre.
Dans le cadre d’une préparation de visite pédagogique à l’exposition Shoah et BD au mémorial de Paris, je relis Maus, Metamaus et l’excellent catalogue de l’exposition, qui évoque toute une culture populaire mêlant, avec ambiguïté et mauvais goût, nazisme et érotisme au cinema, en littérature et en BD, parfois écrit par d’anciens déportés et très populaire en Israël dans les années 50/70.
Pour ne pas conclure ces morceaux de pensées fragmentaires, sans lien à priori, et en laissant une porte ouverte, je dirais d’une part qu’on est toujours le jeune de quelqu’un et de l’autre que tout est dans tout, surtout dans le sexe de femme.
J’y erre
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Yes we can Art, coin coin !

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Il y a parfois des moments de grâce. Des moments où notre croisade pour l’éveil des consciences ne se résume pas à des coups d’épées dans l’eau. Enseigner c’est donner à nos enfants les moyens de se révolter disait Louise Michelle. C’est mon sacerdoce.

Mettez 50 adolescents de 14 ans dans un bus pour un sortie culturelle à Toulouse, sans trop y croire à l’aller, I-phones en guise de prothèses cérébrales, enceinte blutooth crachant une électro insipide au kilomètre, nonchalance hormonale… Rentrez épuisés le soir en ayant l’impression d’avoir durablement marqué certains, d’avoir semé des graines qui germeront, d’avoir fait en une journée ce que l’on cherche à produire sur une année.

Et avec quoi ? Avec une chasse au trésor dans ce sublime musée des Augustins, dont j’ai déjà parlé ici ; Musée qui a eu le génie de placer au milieu des œuvres gothiques et classiques, des pièces d’art contemporain. Véritable émoi de voir des durs à cuire tétanisés devant une petite bonne femme sculptée par Ron Mueck, hilares en faisant de selfies avec des bustes de Rodin ou des gargouilles moyen-ageuses, scandalisés puis pensifs devant des photographies quasi-monochromes de la mer d’un japonais dont j’ai oublié le nom (ethnocentrisme inacceptable), presque politisés par un christ sur bois découpés comme une réclame publicitaire de grand magasin, fascinés par des natures mortes Hollandaises, perplexe devant une installation de caisse à l’usage du transport des œuvres d’art comme autant de cercueils comiques… L’Art comme regard sur le monde, l’art comme tremplin vers l’intelligence et l’esprit critique…

Et pour enfoncer le clou, un spectacle de danse de la compagnie chicos mambo, qui revisite avec humour et virtuosité technique les grands genre de la musique, du ballet au hip-hop en passant par le tango et l’abstraction contemporaine. Comment ne pas faire bouger les lignes face à ces athlètes virtuoses revisitants le lac des cygnes déguisés en canard burlesques ou faisant le Haka entre pointes et grand-jetté. Troublant, drôle, poétique, sublime, grandiose. Peu d’œuvre peuvent se vanter d’allier technique, esthétique et humour potache.

Si les adultes savaient ce qui se passe dans nos classes, ils nous remplaceraient par des hommes en uniformes…

 

J’y ère

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Minimalisme au chocolat

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J’étais à Aix en Provence le mois passé pour aller à la rencontre d’Arthur, fils de Baldr et d’Athena, citrouille de mon coeur. J’en aurais bien profité pour aller me ressourcer visuellement (j’avais déjà fait l’impasse sur Turner cet été) mais toutes les nouvelles expos étaient en montage et avec le soleil hors de question de m’enfermer au Renoir pour voir Cezanne. J’aurais pu jeter mon dévolu sur quelques mignardises du musée Granet mais j’en connais déjà le goût par coeur. Peine perdu pour cette fois.
Mais il faut savoir goûter l’art là où l’attend le moins, je ne le répéterais jamais assez !
C’est donc au détour d’un café gourmand chez le meilleur ouvrier de France Philippe Segond que s’est déroulé cet instant à la fois esthétique et gustatif.
Comment ne pas être comblé lorsque l’objet est à la fois un plaisir des yeux et des papilles. Je me nourri d’Art et les aliments m’élèvent intellectuellement.
Ici les opéras sont des petites sculptures minimalistes qui rivalisent avec Donald Judd ou Sol Lewitt. Les éclaires roses sont aussi Pop et érotiques que du Jeff Koons. Les glaces sont des constructions aussi savantes qu’une peinture de Leonard De Vinci. Les chocolats ont des imprimés rococo d’une finesse incroyable.
Une approche de l’Art Total.

J’y ère

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Philippe Oddoart – sans titre – 2014

2014 - Philippe Oddoart – sans titre

 

De vulgaires volatiles vaques
D’un nez naturellement nettoyant

Ne sachant lire ils attendent le repas
Que le photographe ne leur donnera pas

Une troupe d’esthètes piétine
A savoir qui le premier
se fera tirer le portrait

En attendant…
Il ne pleut pas

A moins que ce ne soit autre chose

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Une rencontre en blanc

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Qu’y a t’il de plus charmant que d’entrer dans une galerie d’Art au détour d’une ruelle pavée des plus beaux villages de France, Le Castellet, Ceret, Gerberoy ou Villefranche-de-Conflent.
On y entre par hasard et on y attend pas grand chose, contrairement aux visites programmées dans les supermarchés de l’Art et ce sont parfois de belles rencontres, sans prétention car l’arrogance n’est pas provinciale.
C’est les pieds nus, après avoir guetté les phoques sur la plage, que je suis entré dans la galerie Maznel à Saint-Valery en baie de Somme.
Parmi la dizaine d’artiste allant du naïf à l’abstrait, je m’arrête en émois devant les toiles hyperrealistes de Christophe Remacle figurant des oeufs ou de la vaisselle brisée avec un grand sens du relief mais surtout devant les sculptures blanches de Frédérique Fleury (photo).
Entre objet surréaliste érotisant et concrétisation de l’univers organique d’un Moebius, ces petits volumes ont une grande puissance d’évocation.
La réussite de l’entreprise tiens à la fois du format modeste que de l’uniformisation des multiples textures, céramique, cuir, plastique, par la couleur blanche.
Invitation renouvelée dans ces pages à laisser l’Art venir à vous, dans les lieux et les moments où vous êtes le moins disposé, peut être à le recevoir.

 

J’y ère

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Philippe Oddoart – sans titre – 2014

Philippe Oddoart – sans titre – 2014

Un bout d’immeuble pour quatorze fenêtres et un balcon
Une paire de volets ouverts pour sept fermés et six grilles
Un pilastre pour une cabine téléphonique
Un tuteur esseulé pour un rhizome branchioliforme
Deux acolytes rectilignes fâchés depuis peu
Deux natures vivantes dont l’une surplombe et l’autre est surplombée
L’ensemble est posé sur un twister angulaire décolloré

A moins que ce ne soit autre chose

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